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[TOP 10] Mes dix films préférés de 2014 : 5° Gone Girl

5° Gone Girl

Partir un jour…

"Salut les gars, j'ai perdu ma femme, c'est pas très lol, je peux compter sur l'aide des potos ?"

« Salut les gars, j’ai perdu ma femme, c’est pas très lol, je peux compter sur l’aide des potos ? »

C’est un fait que peu de personnes se risqueraient à contester : David Fincher est un maitre du thriller. Peu de réalisateurs partagent ce goût répété pour les films « mindfuck », pesants, tendus, et pour les intrigues labyrinthiques… Fincher est l’égal d’un Christopher Nolan (« Memento », « Insomnia »…), le précurseur d’un Villeneuve (« Incendies », « Prisoners »…).  Réalisation après réalisation, la Finch’ confirme encore et toujours sa maitrise absolue du crescendo glacial. Une œuvre de Fincher se savoure comme un frisson qui durerait très longtemps. Dans « Seven » comme dans « Gone Girl », le malaise monte lentement mais surement en puissance, jusqu’à une apothéose dont la violence soudaine surprend et traumatise (la scène finale pour « Seven », le meurtre de Neil Patrick Harris pour « Gone Girl »…). C’est que David est un maitre de l’ambiance. A chaque fois, il sait mettre en scène ce petit quelque chose presque imperceptible qui fait que, dès les premières minutes, notre pouls bats plus vite, notre ventre est déjà en tension. A cet égard, « Gone Girl » est un modèle d’efficacité. Ce film agit comme un glaçon qui coulerait doucement le long de notre échine. Et pour un glaçon, quoi de mieux qu’une beauté glaciale ?

"Il est où, Pierce Brosnan ?"

« Il est où, Pierce Brosnan ? »

Rosamund Pike. Entre roses et pique, le nom annonce déjà la couleur. Jusqu’à « Gone Girl », on connaissait surtout Madame Pike pour le James Bond période Brosnan le moins glorieux « Meurs un autre jour ». Un rôle de beauté fatale et froide, déjà. Le cinéma d’auteur étant rarement intéressé par les James Bond Girl (à de rares exceptions près, comme Eva Green), l’histoire aurait pu s’arrêter là. Quand on voit sa performance dans « Gone Girl », on se dit que cela aurait été bien dommage. C’est que Lady Rosamund y est impériale. Sa composition de femme à la fois manipulatrice et névrosée est magistrale. Dans le « hit-parade » des mantes religieuses du cinéma, la Amy Dunne de « Gone Girl » vient se placer en excellente position, à côté de personnages aussi emblématiques que Catherine Tramell (« Basic Instinct ») ou Phyllis Dietrichson (« Assurance sur la mort »). C’est un fait, le cinéma du genre « thriller » adore ce genre de personnage, quitte à parfois y réduire systématiquement les rôles féminins. Si j’avais réalisé mon classement des plus grands méchants après avoir vu « Gone Girl », Amy Dunne y figurerait en bonne place.

Et le reste du casting alors ? Plutôt pas mal. Barney Stinson s’en sort avec les honneurs pour son rôle de gentleman inquiétant et Ben Affleck (dont je ne suis habituellement pas un grand fan, désolé mesdames) réalise une prestation convaincante, dans un rôle taillé pour son jeu réservé et peu expressif.

Au détour de l’histoire de « Super Amy » (le personnage de livres pour enfants qu’on écrit ses parents en s’inspirant d’elle), le film rend encore plus intéressant son personnage principal. Au fond, « Gone Girl » est d’abord une parabole sur l’illusion et la manipulation. Considérée depuis son plus jeune âge comme quelqu’un de « super », Amy Dunne s’est créé une carapace. Une image fantasmée d’elle-même. Quand l’infidélité de son mari fait voler en éclat ces certitudes, Amy pête un plomb. Elle devient prête à toutes les folies, aux actes les plus extrêmes, un peu comme l’a fait Jean-Claude Romand dans la réalité. L’important dans « Gone Girl », c’est de maintenir l’illusion, coûte que coûte. Ce n’est pas pour rien qu’une bonne partie de l’intrigue se joue à la télévision américaine, écrin idéal pour la dramatisation et le mirage.

C'est vraiment plus ce que c'était "Le Grand Journal".

C’est vraiment plus ce que c’était « Le Grand Journal ».

Ah, et si vous vous mariez un jour, ne regardez pas « Gone Girl » la veille de la fête. Vous pourriez avoir envie de demander un bilan psychiatrique et un extrait de casier judiciaire à votre conjoint. C’est que le film de Fincher est aussi un conte sarcastique sur le mariage. Tout commence pourtant par l’histoire ordinaire d’un couple ordinaire. Ils s’aiment, puis vient le quotidien, avec le quotidien, l’ennui, avec l’ennui, la fuite. Rien de bien extraordinaire, à priori. Mais on est dans un film de Fincher. Pour mieux appuyer là où cela fait mal, l’histoire prend donc le parti de l’extrême. Les disputes de couple où on casse un vase ? Le divorce ? Trop soft. Mieux vaut accuser l’autre de meurtre. « Gone Girl » est une démystification totale du mariage et de l’amour. Une dystopie du couple, en somme. Mais si le trait est forcé, la critique n’en reste pas moins perçante.

Reste à dire qu’un bon thriller se termine bien lorsqu’il se termine mal. « Gone Girl » ne vous laissera pas sur votre fin. Pas d’effusions de sang dans les dernières minutes. Pas de renversement de situation inattendue. Juste une conclusion glaçante et cynique, qui vous rendra groggy.

"Hey, have you met Amy ?"

« Hey, have you met Amy ? »

Réalisateur : David Fincher.

La scène : Le meurtre de Barney Stinson, traumatisant par sa violence à rebours de tout le rythme du film.

 

licontinovich

Etudiant fanatique de ciné, tout simplement.

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