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Restless : l’amour au temps de la mort.

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« Mourir, c’est pas facile. »

Nicolas Sarkozy.

En 2011, Gus Van Sant réalisait un petit bijou d’intelligence et de sensibilité qui passait malheureusement plus ou moins inaperçu : Restless. Le réalisateur américain y posait un regard plein de tendresse et de bienveillance, mais sans complaisance aucune, sur deux marginaux brillamment interprétés par Henri Hopper et Mia Wasikowska.

L’anticonformisme reste un thème fétiche de Van Sant. Dans My Own Private Idaho et dans Harvey Milk il battait en brèche les normes sexuelles en abordant respectivement la prostitution masculine et la lutte pour les droits homosexuels. Dans Elephant il s’intéressait aux auteurs de la fusillade de Columbine. Enfin, dans Will Hunting, il professait une véritable leçon de vie sur le destin des surdoués avec Robin Williams et Matt Damon au sommet de leurs arts.

Ici c’est avant tout de la mort dont on parle. « Le vent se lève, il faut tenter de vivre » disait magnifiquement  Paul Valéry. Mais quand le vent se tait, comment accepter de mourir ? Si vivre est difficile, comment faire face à sa mort ? Comment concevoir l’arrêt de sa propre existence ? Ce frisson de la « fin » a toujours obsédé les hommes et nourrit tous les fantasmes quand à l’immortalité. La mort est sans doute la plus grande peur de l’humain. Mais plutôt que la crainte, Gus Van Sant choisit la fascination. Une fascination en forme d’exorcisme.

Enoch et Annabel sont deux adolescents « spéciaux », en apparence captivés par la mort. Enoch se rend quotidiennement à des enterrements pour observer les rituels de la fin de vie. Annabel, elle, se présente à lui comme travaillant au département des jeunes cancéreux dans un hôpital. Derrière ce masque protecteur, la réalité est toute autre. Enoch est en réalité brisé par le décès de ses parents, qu’il tente d’appréhender et de comprendre. Quand à Annabel, elle est atteinte par un cancer en phase terminale. Son décès n’est plus qu’une question de semaines. Malgré leurs jeunesses, tout deux doivent donc se confronter à la mort, la terrible, l’impitoyable, la définitive. Sans jamais nier le « combat », ils chercheront toutes les astuces pour la défier.  Ils finiront cependant par se rendre compte que le seul moyen d’affronter la mort, c’est de donner un sens à la vie. Et pour cela, quoi de plus évident que l’amour ?

La mort, l’amour, la vie ; tous ces thèmes sont traités avec pudeur et finesse. Deux écueils périlleux se dressaient pourtant sur la route du réalisateur : le morbide et le pathos. Du premier, Van Sant n’a tiré qu’une substance doucement provocatrice, jamais gênante ou malsaine. Du pathos il n’a gardé que  la douceur amoureuse. Chaque baiser d’Enoch et d’Annabel sonne juste. Dés qu’on le pense parti trop loin dans le pathétique, Gus Van Sant retourne la situation, nous surprend et nous amuse. Il n’y a point ici de bienveillance gratuite, les héros ne sont point des anges perdus dans le monde cruel et responsables de rien. Tous les personnages, au contraire, sont marqués par une humanité profonde avec les limites que cela suppose. Le film réussit justement dans le portrait de cette humanité. Ballotés dans l’ouragan de l’existence, les protagonistes avancent pas à pas avec leurs qualités limitées et leurs défauts attachants.

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Au milieu d’entre eux évolue un être à part. Hiroshi, un fantôme, l’âme d’un kamikaze mort pendant la Seconde Guerre Mondiale. Ce spectre bienveillant accompagne Enoch. Il est l’étincelle qui fait glisser le film vers le fantastique. On ne saura jamais s’il n’est qu’une invention du héros pour tromper son éternelle solitude ou bien un fragile ange gardien. Et après tout, qu’importe. Sa présence, fictive ou réelle, apporte au film un coté magique et tendre. Il est celui qui parvient le premier à ouvrir Enoch hors de son monde de douleurs. Hiroshi prendra en substance et en consistance tout au long du récit, pour devenir aussi attachant que les deux héros.

« Je vois maintenant que la mort est facile. C’est l’amour qui est dur. »

Hiroshi.

Dans ce conte doux-amer, les acteurs évoluent avec aisance et délicatesse. Tous jouent une partition fine et complexe, depuis la sœur d’Annabel jusqu’à la tante d’Enoch, perdues respectivement face à la profondeur et l’hostilité de leurs protégés. Henry Hopper se distinguent par sa profondeur d’adolescent meurtri. Mais celle qui irradie et illumine le film est bien Mia Wasikowska, magnifique de tendresse et de légèreté.

Qui mieux que Dany Elfman, le compositeur fétiche de Tim Burton, pour mettre en notes l’ambiance si particulière de ce film ? Ce petit conte autour de deux sympathiques marginaux prend toute sa saveur au grée de ses compositions. Sa musique douce et entrainante est une réussite.

Restless est une fable écrite par un révolté tendre. Gus Van Sant excelle à filmer le poing rageur tendu à l’existence de son héros mais sait aussi apporter l’apaisement lorsque cela est nécessaire. Le film pourra paraitre moraliste, moralisateur. Mais nous avons besoin de morales comme celle-ci, de ces leçons de vie ou de mort.  Ah, et puis il y a cette fin si belle et si tendre où l’on pleure à chaudes larmes alors que le film se termine par un sourire…

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licontinovich

Etudiant fanatique de ciné, tout simplement.

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