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Les Oscars de la Mauvaise Foi

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Ce qui est bien avec les Oscars, c’est que chaque année c’est la même chose. Chaque année je bougonne comme le Schtroumpf Grognon à l’approche de la cérémonie. Chaque année, je peste contre les résultats. Chaque année, je répète à qui veut l’entendre que de toute façon «Les Oscars c’est de la merde et pis de toute façon c’est celui qui fait le meilleur lobbying qui gagne». Et pourtant, chaque année, je regarde les prix, et je les commente, tout en sachant très bien que ça va m’énerver. Appelez ça du masochisme cinéphile. Alors oui, dire que les Oscars sont la messe du cinéma c’est être aussi con qu’une huitre (et encore vous n’entendrez jamais une huitre dire que les Oscars sont la messe du cinéma, non ?), mais ils restent un événement incontournable que le cinéphile suit bon gré mal gré. Même au regard des innombrables performances et chefs d’œuvres que cette foutu Académie à la mord moi le nœud a oublié en plus d’un siècle de 7ème art, les Oscars restent les Oscars. Foutus américains.

L’année 2014 et la 86ème cérémonie ne dérogeront pas à la règle. Mais commençons par un bref constat : l’impressionnante densité des nominations. Bien malin celui qui aurait pu deviner qui de 12 years a slave, American Bluff, Dallas Buyer Club, le Loup de Wall Street ou Gravity allait faire un carton plein. Aucun favori réel ne semblait se dégager, même si les madame Irma de toutes sortes ne s’étaient pas privé de faire leurs prophéties. Il faut bien admettre aussi une chose : ce n’était clairement pas la meilleure année des Oscars. Loin de moi l’idée d’affirmer que les films susnommés sont nuls, mais difficile d’y trouver des chefs d’œuvres suprêmes du cinéma capable de rejoindre au panthéon Apocalypse Now, Autant on emporte le vent et autres classiques. Ceci étant dit, voici donc mon avis sur les récompenses de cette année, avec d’énormes morceaux de mauvaise foi dedans.

Meilleur Film :

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Le récompensé : 12 years a slave.

Mon avis : Difficile à dire.

C’était sans aucun doute la catégorie où il était le plus difficile d’avoir un avis tranché. Rien de comparable en effet entre une dynamite branchée aux amphéts comme Le Loup de Wall Street, un drame historique comme 12 Years a Slave ou une épopée spatiale suffocante comme Gravity. L’Académie a au final sacré 12 years a slave. Les américains, on le sait, sont friands de symboles et de commémorations. Ce qui a fait pencher la balance en la faveur du film de Steve Mc Queen est sans aucun doute cela. Et alors ? Aucun des autres films ne pouvait prétendre à la statuette sans discussion, de toute façon. American Bluff ? Un sympathique divertissement porté par des acteurs efficaces, mais bien trop inégal dans ses scènes. Dallas Buyer Club ? Très bon, mais pas au point d’emporter tout les suffrages. Gravity ? Beaucoup trop faible dans son scénario. Le génialissime Loup de Wall Street était, à mon sens, le seul capable de concurrencer 12 years a slave.  Mais puisqu’aucun concurrent ne se détachait réellement il fallait bien choisir. Si c’est une volonté d’assumer les heures sombres (je n’écris pas les heures noires par preuve d’accusation d’humour douteux) qui a emporté la mise, je ne vois pas le problème. Qu’on me traite de moraliste, de « droit de l’hommiste » ou de promoteur d’une soi-disant « culpabilité de l’Occident » (pôvre Occident), si on veut. Je m’en branle. Le film de Mc Queen, oppressant et suffocant, mérite son titre par la claque qu’il nous met dans la gueule. Trop déprimant et choquant ? C’est vrai que l’esclavage était une industrie de bisounours où on travaillait en se faisant des poutoux pour récolter des arcs en ciel dans un champ de marguerites.

Meilleur réalisateur :

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Le récompensé : Alfonso Cuaron.

Mon avis : Alfonso Cuaron.

Beaucoup moins de débat ici. Alfonso Cuaron, le génial réalisateur de Y tu mama tambien  repart avec une statuette hyper-méritée. Son film est une prouesse technique incroyable qui nous transporte littéralement dans un espace oppressant et infini, jusqu’à l’asphyxie. Vision au premier degré, caméra dernier cri, expertise scientifique assez poussée, plans audacieux et immersifs : aucune contestation n’était possible. Et n’oublions pas l’excellente 3D, un bol d’air pour tout ceux qui comme moi ont eu l’impression d’un viol visuel, mental et financier la dernière fois qu’ils ont chaussé leurs lunettes au cinéma. Médaille d’argent à Martin Scorcese, très virtuose également dans le Loup de Wall Street. Cuaron, qui confirme tout le bien qu’il avait laissé entrevoir dans les Fils de l’Homme, était néanmoins irrattrapable sur ce coup là.

Meilleur acteur :

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Le récompensé : Matthew Mac Conaughey.

Mon avis : Leonardo di Caprio (mais d’un cheveu).

La catégorie la plus dense et la plus serré, comme tout les ans. Un crève cœur de décider. De la «moins» bonne à la meilleure, sans évoquer Bruce Dern (pas vu Nebraska), on a d’abord vu Christian Bale, aka l’homme au poids élastique. La performance du comédien est très efficace, mais prouve aussi qu’il ne suffit pas toujours de jouer au caméléon pondéral pour glaner des statuettes. Même si la capacité de jouer avec son corps de Bale reste impressionnante, elle ne fait pas tout. Je reste de ceux qui sont persuadés que depuis Batman, l’australien s’est enfermé dans un jeu posé et tranquille, dans lequel il est très bon, mais rarement génial. Or, il suffit de voir American Psycho pour se rendre compte qu’une fois en roue libre, Bale est extraordinaire. Vient ensuite Chiwetel Ejiofor. Dans une année un peu plus creuse, en voila un qui n’aurait pas démérité en glanant la récompense suprême. Son jeu intense est impressionnant. Mais pas suffisant, cette année. Et on va dire qu’il rattrape le fait d’avoir joué dans 2012, ce qui est quand même difficilement pardonnable. Quand à départager Matthew Mac Conaughey et Leonardo di Caprio, c’est quasiment impossible. Le premier livre une performance incroyable. Il incarne son rôle d’une manière démente, avec un talent qui laisse bouche bée. Stop à la mauvaise foi : le discours du comédien était peut-être très long mais on juge un jeu, pas un je. Et oui, les kilos en moins (raté Bale, c’était dans l’autre sens) ont joué, mais ce n’est qu’une partie de la chose. Car c’est un fait : Mac Conaughey s’efface derrière son personnage d’une manière que peu d’acteurs sont capable d’atteindre. Oui mais. Di Caprio n’a que trop souffert du bashing aux Oscars. Et cette année, il était à fond. Son jeu dans le film de Scorcese fera date. Le Belfort de Di Caprio, véritable bombe humaine, est aussi jouissif que génial. Seul Di Caprio paraissait pouvoir jouer ce personnage hystérique, ostentatoire et hyperactif sans être ridicule. Dans ce film, le comédien n’est pas impressionnant, ni effarant. Il est hallucinant. Je donne donc ma préférence à Léo, autant pour sa performance que pour le fait que l’acteur le plus doué de sa génération n’a que trop attendu son premier oscar. Il faudra un jour vraiment qu’on m’explique ce sommet de débilité qu’est l’anti-DiCaprio régnant aux Oscars. Quand on explique c’est déjà un miracle qu’il soit nominé, on y comprend plus rien… Récompensez-le, bordel, il le mérite à 2000%, ne serait-ce que pour un tiers de ses meilleurs rôles.

Meilleur actrice :

Blue Jasmine.

La récompensée : Cate Blanchett.

Mon avis : Cate Blanchett (et de trèèèès loin).

Aussi évident que l’équivalent masculin était serré. Dans Blue Jasmine, Cate Blanchett était tout simplement stratosphérique. Une performance hallucinante et hallucinée de bourgeoise brisée qui ne laissait que des miettes d’espoir aux autres candidates. Sandra «halètements» Bullock et Amy «je montre mes boobs» Adams pouvaient aller se rhabiller. Seul l’immense Judi Dench tenait la comparaison, pour Philomena. Et franchement, si l’Académie récompensait Meryl Streep, je traversais l’Atlantique pour les frapper tous avec des thons. Oui, des thons.

Meilleur acteur dans un 2nd rôle :

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Le récompensé : Jared Leto.

Mon avis : Michael Fassbender ou Jared Leto, plus ou moins à égalité.

A ma gauche, Michael Fassbender, excellent et abominable en esclavagiste alcoolique et violent jusqu’à la nausée. Une performance intense de méchant (tiens donc !) qui prouvait de nouveau l’immense talent de celui qui est peut-être le meilleur acteur de sa génération. A ma droite, Jared Leto, tout aussi excellent dans un tout autre registre : un travesti perdu et émouvant. Un personnage qui prouvait de nouveau les facultés exceptionnelles de cet acteur caméléon. Entre les deux, l’Académie a préféré récompenser le plus hipster des acteurs. Soit.

Meilleure actrice dans un 2nd rôle :

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La récompensé : Lupita Nyong’O.

Mon avis : Jennifer Lawrence.

Alors oui, la performance de Lupita Nyong’O mérite tous les honneurs du monde. C’est d’ailleurs peut-être la meilleure de son film (et c’est dire, vu le casting). Le désespoir qui colle à son personnage est sans nul doute l’aspect le plus traumatisant de cette oeuvre éreintante. Pourtant, je continue de penser que Jennifer Lawrence aurait mérité de repartir avec la statuette. Parce que dans le film de David O. Russell, la p’tite Katniss d’Hunger Games est démentielle. Dés qu’elle est à l’écran, le film prend une nouvelle dimension. Sa performance, entre faiblesse et force, entre femme perdue et manipulatrice, entre haine et séduction, est incroyable et fascinante. Mention spéciale à la scène dans les toilettes, en face à face avec Amy Adams. Et puis, c’était l’occasion de donner au moins une récompense à American Bluff qui ne méritait pas de repartir sans aucune récompense. On se consolera facilement en se disant qu’avec le talent qu’a Jennifer Lawrence et au vu de son âge (ben oui, le mien, ça fait drôle), elle n’a pas finit d’en gagner des Oscars.

Meilleur scénario original :

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Le récompensé : Her.

Mon avis : pas vu Her, mais j’approuve.

J’avoue que c’est de la mauvaise foi totale, mais rien qu’en voyant pitch de Her et connaissant l’imagination et le talent de Spike Jonze (qui a quand même offert au cinéma l’extraordinaire Dans la peau de John Malkovich), je fais entièrement confiance au jury sur ce coup là. Mention quand même à Dallas Buyer Club.

Meilleur scénario adapté :

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Le récompensé : 12 years a slave.

Mon avis : Le Loup de Wall Street.

L’histoire vraie de 12 years a slave est mémorable, personne ne le niera. L’adapter au cinéma est une tâche difficile, pour parvenir à ne pas ruiner l’émotion en préservant toute la tension dramatique, c’est un fait. Mais, soyons honnête, une histoire comme celle de Northup reste quand même une bonne cliente pour le cinéma, fournissant un drame qui semblait fait pour être porté sur grand écran. Si l’on parle d’adaptation pure et dure, retranscrire en scénario de cinéma un ouvrage comme celui de Belfort, était beaucoup, beaucoup plus compliqué et «casse gueule». Il s’agissait d’imprimer à une histoire hautement bordelique le caractère le plus cinématographique et visuel possible. Plus hardu que l’on ne pourrait le croire.

Meilleure musique de film :

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Le récompensé : Gravity.

Mon avis : Gravity, pardon ?

Bon, il faut bien un bon gros « what the fuck » à chaque cérémonie des Oscars, alors le voila. Je suis peut-être l’antithèse du mélomane ou sourd comme un pot, mais autant que je me souvienne la musique de Gravity n’avait rien de particulièrement marquant. Une musique d’ambiance efficace et indispensable à l’intrigue certes, mais guère plus. Il faudra un jour penser à récompenser l’extraordinaire Alexandre Desplat, les gens.

Meilleur film d’animation :

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Le récompensé : La Reine des Neiges.

Mon avis : Le Vent se lève, bitchiz !

C’est vraiment pas pour faire mon « Miyazaki groupie » de base, mais franchement quand on a un film aussi complexe et profond que le Vent se Lève, à la beauté formelle époustouflante et inégalé, à la limite de la peinture,  on va pas récompenser la Reine des Neiges… Le dernier film de ce génie qu’est Miyazaki, le dernier grand maitre de l’animation, méritait plus de considération. Ça suffit un peu, avec le monopole « Disney/Pixar ».

Bref, c’est tout pour cette fois, rendez vous l’année prochaine, pour un nouveau concours de ralerie.

 N.B: Faute d’expertise, impossible pour moi de commenter les autres catégories. 

 

 

licontinovich

Etudiant fanatique de ciné, tout simplement.

One Comment

  1. Pour: Le cas du: Vent ce lève, complétement en accord profond, le problème est que la majorité du monde ne comprend pas la philosophie et la moralité/ beauté/ sens etc… des Films du seigneur bienfaisant de l’animation japonaise, et donc ce monde ce penche plus sur des petit « classique » de Disney, navrant mais réaliste malheureusement.

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