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Mes 200 films préférés (75 – 51).

N’hésitez pas à lire les « précisions avant de commencer » présentes dans le premier article du top !

75. Pinocchio (Hamilton Luske et Ben Sharpsteen, 1940) : 

"Mais c'est de la Kro' ?!"

« Mais c’est de la Kro’ ?! »

Coucou, revoilà un Disney ! Oui, mais là, on commence à toucher à la crème de la crème car à mes yeux, le travail réalisé sur l’adaptation du conte de « Pinocchio » est tout bonnement incroyable. Déjà, le film date de 1940 (c’est seulement le deuxième « classique d’animation » du studio), autant dire que pour l’époque le travail d’animation est à se taper le cul par terre (ensemble, réhabilitons les expressions désuètes). Ce dessin-animé est encore aujourd’hui, presque 80 ans après, une merveille du genre et ce n’est pas pour rien qu’il est considéré par beaucoup comme LE chef d’œuvre technique de Disney. Voilà pour l’aspect visuel, ce qui pose déjà bien les bases. Ensuite l’histoire. Certes, elle est édulcoré par rapport au conte originel, mais elle n’en reste pas moins extrêmement marquante et avec des passages d’une grande noirceur, surtout si on compare à la jauge « Disney » classique. Il y a le terrifiant Stromboli bien sûr, la baleine qui n’est pas mal non plus, mais le summum reste la scène de l’Ile des plaisirs, un moment absolument terrible et ô combien traumatisant. Rajoutons à cela qu’il est presque impossible de ne pas ressentir de sympathie pour Gepetto, son chat et son poisson, que Jiminy Cricket est quand même un super personnage, que la fin est super touchante et que « When you wish upon a star » est juste sublime (il fut un temps où je ne pouvais pas l’écouter sans verser une larme, si, si !), voilà pourquoi « Pinocchio » mérite vraiment d’être aussi haut dans ce classement !

La scène : celle de l’Ile des plaisirs donc, quand tous les enfants se transforment en âne. Difficilement soutenable même aujourd’hui, alors imaginez quand on était gosses !

74.  Hunger (Steve McQueen, 2008) : 

Le moment de discuter.

Le moment de discuter.

L’audace cinématographique n’est pas morte, ça se saurait, et s’il faut une nouvelle preuve pour s’en convaincre, il suffit de regarder « Hunger ». Film de Steve McQueen (pas l’acteur, l’autre, le réalisateur, celui de « 12 years a slave ») à propos de la grève de l’hygiène des membres de l’Armée Républicaine irlandaise provisoire, suivie par la grève de la faim de Bobby Sands, « Hunger » est le premier long de son réalisateur et c’est un coup de maitre. Film coup de poing, l’œuvre enchaîne les audaces et les prises de risques, sans que jamais elles ne paraissent gratuites. Plan fixe de 17 minutes sur une discussion ( !), plan fixe sur un homme en train de nettoyer l’urine renversé par les grévistes et autres originalités cinématographiques… Vous vous dites que c’est ennuyant, que c’est snob ? A mes yeux, vous avez tort.  C’est là toute la force d’ « Hunger » : refuser le conformisme, mais pas pour rien, au service d’une véritable puissance narrative et visuelle. Et en plus, c’est le film qui a révélé Michael Fassbender. Du très grand cinéma.

La scène : Qui l’eut cru ? On peut être hypnotisé et chamboulé par un long plan d’un homme au lointain, nettoyant de la pisse, sans que cela fasse de nous un snob.

73. Les Feux de la rampe (Charlie Chaplin, 1952) : 

"Salut toi".

« Salut toi ».

C’est l’un des derniers films de Charlie Chaplin, et c’est peut-être ce qui clôture le mieux une telle carrière. Empreint d’une mélancolie sublime, cette histoire d’un vieux comédien désabusé qui tente d’aider une danseuse de ballet ne vaut pas que pour le duo entre Chaplin et Buster Keaton (la seule collaboration audiovisuelle de ces deux génies !), même si ce moment est évidemment mémorable à plus d’un titre. « Les Feux de la rampe », avec son parfum d’adieux déchirants (c’est plus ou moins le film des adieux à son personnage fétiche, Charlot), prouvent à quel point l’immense Chaplin était un artiste de tous les sentiments, pas seulement comique, et une illustration que souvent l’humour est « la politesse du désespoir ». Film magnifique sur l’art de la scène et le succès qui est là, puis qui s’en va, autobiographique à bien des égards, « Les Feux de la rampe » montre que Charlie Chaplin pouvait aussi sublimer une ambiance de fin de règne.

La scène : la rencontre entre Charlie Chaplin et Buster Keaton, un moment de cinéma comme il y en a peu.

72. Ressources Humaines (Laurent Cantet, 1999) : 

"-Et celle du manchot qui veut se gratter, vous la connaissez ? -Roh putain..."

« -Et celle du manchot qui veut se gratter, vous la connaissez ?
-Roh putain… »

Faire du cinéma social est une chose, bien souvent louable. Le transcender en est une autre. C’est ce que parvient à faire Laurent Cantet (le réalisateur d’ « Entre les murs »), avec « Ressources Humaines ». Pourtant, l’histoire est toute simple et les moyens du film sans prétention. Mais qu’importe, car l’œuvre a l’essentiel : l’humanité. Une humanité criante, brûlante, réaliste, bouleversante. C’est l’histoire d’un jeune qui après de brillantes études, choisit de travailler dans l’usine du coin où bosse son père, plutôt que d’aller dans un grand groupe. Cet idéalisme va se retrouver bientôt mis à mal lorsqu’il découvre un plan de licenciement. Histoire extrêmement crédible, psychologie des personnages subtile, interprétation magnifique, réalisation sans chi-chi, la recette est belle et le résultat magnifique. Un film à l’heure actuelle plus que jamais nécessaire et d’une grande beauté.

La scène : La confrontation entre le fils, qui a rejoint la grève, et le père pourtant licencié qui refuse de la faire : une friction qui donne des étincelles capables d’immensément me chambouler. Une scène qu’on pourrait qualifier de toute simple, et pourtant sublime.

71. Snatch : tu braques ou tu raques (Guy Ritchie, 2000) : 

"-Vous devez prendre une tasse de thé ! -Oh oui une tasse de thé, du bon thé bien préparé !"

« -Vous devez prendre une tasse de thé !
-Oh oui une tasse de thé, du bon thé bien préparé ! »

Guy Ritchie, que l’on a croisé plus haut dans le classement pour sa version survitaminé de Sherlock Holmes, est un homme qui aime les films pleins de peps, avec montage énervé, personnages déjantés, répliques d’allumés et rythme enlevé. A cet égard, « Snatch » est à mes yeux sa masterpiece. Véritable œuvre maitresse du « cinéma pop-corn », ce film enchaîne les moments cultes avec un tempo qui laisse groggy de plaisir. On y croise Brad Pitt en gitan bagarreur, des surnoms improbables, un méchant avec des grosses lunettes qui aime nourrir les cochons, des punchlines mémorables (« Mary fuckin’ Poppins »), Jason Statham qui fronce les sourcils, l’ancien footballeur Vinnie Jones en gros bras, des gros zooms et ralenti qui tâchent et pleins d’autres plaisirs. A déguster sans modération, et s’il vous reste de l’appétit, « Arnaque, crime et botanique », du même auteur, est moins mémorable mais franchement pas mal non plus.

La scène : « Do you like dagz’ ? ».

70. Winter Sleep (Nuri Bilge Ceylan, 2013) : 

"-Bah reviens, Gégé, il pleut et tu vas louper la meilleure partie ! -Je préfère la pluie à ta soirée diapo', Patrick !"

« -Bah reviens, Gégé, il pleut et tu vas louper la meilleure partie !
-Je préfère la pluie à ta soirée diapo’, Patrick ! »

Il m’arrive souvent de dire que selon les moments, je suis capable aussi bien d’apprécier un blockbuster bien foutu qu’un film d’art et d’essai contemplatif. « Winter Sleep » est une très belle manière d’illustrer cette déclaration. La Palme d’Or de Nuri Bilge Ceylan, c’est plus de trois heures de film, une histoire qui prend son temps, des plans sur des paysages, de longs dialogues, un rythme tranquille. De quoi en rebuter plus d’un, et je le dis sans jugement. Mais pas moi. Plongée magnifique dans la psyché humaine, tourné dans un cadre sublime qui donne envie de faire le tour du monde, inspiré de Tchekhov, « Winter Sleep » est une merveille de film. Une œuvre majeure, qui mérite amplement sa Palme. Je me suis rendu compte à quel point ce film m’avait marqué lorsque j’ai senti une larme couler de mes yeux dans le métro du retour alors que sa musique résonnait dans ma tête. C’est parfois sur le chemin du retour qu’on se rend compte qu’on vient de passer une séance de cinéma mémorable.

La scène : Le grand dialogue entre le frère et la sœur.

69. Inception (Christopher Nolan, 2010) : 

Encore un coup d'Hidalgo pour bloquer la circulation parisienne.

Encore un coup d’Hidalgo pour bloquer la circulation parisienne.

On le pressentait depuis ses premiers films, on en avait eu la démonstration éblouissante avec « The Dark Knight », « Inception » fut la confirmation définitive : Christopher Nolan est un véritable maître et un homme capable de donner aux films très grands publics une profondeur et une noblesse incroyable. On le savait depuis « The Dark Knight », « Inception » nous montra que ce n’était pas une réussite isolé. N’en déplaise aux grincheux et aux méprisants, Nolan en a apporté la preuve : blockbuster ne veut pas forcément dire action sans cervelle, et rien que pour cette démonstration, on peut lui dire un grand merci. Le reste, nombreux sont ceux qui le connaissent avec entre autres : le casting impeccable (c’est tout de même le film qui a révélé Joseph Gordon-Levitt et Tom Hardy au grand public), la musique époustouflante d’Hans Zimmer bien sûr, la montée en tension mémorable de l’histoire (le moment où l’histoire se démultiplie en plusieurs strates est juste fabuleux, il vous attrape pour ne plus vous lâcher) et la fin devenu mythique.

La scène : La dernière scène bien sûr.

68. La Classe Américaine : Le Grand Détournement (Michel Hazanavicius et Dominique Mézerette, 1993) : 

Jean-Michel Classe.

Jean-Michel Classe.

« La Classe Américaine » c’est une des histoires les plus savoureuses de l’histoire du cinéma. Rembobinons : pour ses 70 ans, la Warner refile à Canal + tout son catalogue (à l’exception des films d’Eastwood et de Kubrick) et commande un petit film promotionnel. Malheureusement pour le studio et heureusement pour l’humour, à l’époque un certain patron n’a pas flingué l’esprit Canal, et le tout tombe entre les mains de Dominique Mézerette et un certain Michel Hazanavicius. Et là, ça part en couille. Voyant là une occasion unique de s’affranchir du copyright pour faire un joyeux n’importe quoi, les compères récupèrent la plupart des doubleurs des stars des films du catalogue et par la magie du re-doublage et du montage, tout ce beau monde va créer une histoire improbable avec l’homme le plus classe du monde, des indiens, des dinosaures partouzeurs de droite, Julien Lepers en black et j’en passe et des meilleurs. Et voilà une comédie extraordinaire, aux dialogues et aux citations cultissimes. C’est simple « Le Grand Détournement : La Classe Américaine » semble fait pour se balancer les répliques entre potes. Un bijou.

La scène : « Bonjour, c’est Orson Welles… ».

67. Little Nemo : Adventures in Slumberland (William Hurtz et Masami Hata, 1989) : 

La fine équipe.

La fine équipe.

De tous les dessins-animés cultes de mon enfance, il s’agit sans doute du plus original. « Little Nemo : Adventures in Slumberland » est en effet un dessin-animé scénarisé entre autres par Chris Columbus, réalisé par un japonais, Masami Hata, et un américain, William T. Hurtz, à partir d’une bande-dessiné américaine du tout début du 20éme siècle, crée par Winsor McCay (à laquelle je vous conseille de jeter plus qu’un coup d’œil, si vous tombez dessus, elle est géniale). L’histoire est la suivante : Little Nemo, un petit garçon rêveur, est invité au pays des rêves par le Roi Morphée. Mais, mal influencé, il ouvre la porte des cauchemars et plonge le pays dans le chaos. A lui d’aller, accompagné d’une petite équipe, dans le royaume des cauchemars pour réparer son erreur. Voilà pour les bases. Si je suis si sensible aux aventures oniriques, c’est sans doute en partie grâce à ce dessin-animé magique, à l’histoire incroyable et aux scènes très marquantes (le début, l’arrivée dans le monde des rêves, l’invasion des cauchemars, tout le passage dans le monde des cauchemars….).

La scène : la confrontation finale avec le Roi des cauchemars.

66. La Guerre des Mondes (Steven Spielberg, 2005) : 

L'invasion.

L’invasion.

J’ai du mal à comprendre ce que certains reprochent à ce film. C’est à mes yeux une des pièces maitresses de la filmographie de Spielberg. En termes de réalisation, et plus particulièrement d’immersion, il est absolument incroyable. On est happé dans cette course pour la survie d’un père et de sa fille, entraîné au plus près d’eux, et on en sort abasourdi, presque fiévreux, tant on était comme avec eux. En terme de « film coup de poing », d’ « immersion totale », c’est pour moi une réussite incroyable et le talent de Spielberg y est pour beaucoup. Photographie magistrale, Tom Cruise dans un de ses meilleurs rôles, « La Guerre des Mondes » est un must du « survival movie ». Son gros point fort est de suivre obstinément un cap intimiste, pour ne nous faire que deviner le chaos global, ce qui rend subtilement son ressenti encore plus fort, car au cinéma, parfois, ne rien dévoiler, c’est beaucoup dire. Certes, le film se termine en « happy end » presque convenu, mais le reste est d’une noirceur folle et, étant un peu « maso » niveau film et série (comprendre que j’aime bien ce qui me retourne la tête), je ne pouvais que l’apprécier.

La scène : Le moment dans la cave, climax du film en terme de drame.

65. Là-Haut (Pete Docter et Bob Peterson, 2009) : 

"Non, je ne vais pas adopter ce gros oiseau !"

« Non, je ne vais pas adopter ce gros oiseau ! »

L’histoire de mon visionnage de ce film suffirait presque en terme de commentaire. A l’époque, ma mère me propose de venir au cinéma voir ce film. Je n’ai pas encore 18 ans et un dans un moment de bêtise adolescente je refuse, arguant que « les dessins-animés type Disney / Pixar, c’est plus de mon âge ». Oui, je sais, c’est une réflexion absolument stupide, mais il nous arrive à tous d’en avoir. L’essentiel, c’est que je finis finalement par y aller, peut-être par désœuvrement, peut-être parce que je pressens que quand même, c’est idiot d’agir de cette façon. On va au cinéma et là, je me mange une grande claque. Dès la première scène, je suis en larmes. Moi, l’adolescent qui faisait le malin pas si longtemps avant, je pleure comme une madeleine. De quoi me servir de durable leçon. Merci donc à « Là-Haut », merveille d’humanité et de poésie, l’un des plus grands chefs d’œuvres de l’animation, de m’avoir remis les idées en place.

La scène : l’histoire d’amour du début donc, tout bonnement extraordinaire en termes de sensibilité et d’émotions. Dire qu’elle est touchante est un gros euphémisme, c’est une merveille qui prouve qu’on peut raconter une sublime histoire d’amour sans être cliché ni « nian-nian ».

64. Léon (Luc Besson, 1994) : 

"Allez, ouvre la bouche : une balle pour papa, une balle pour maman..."

« Allez, ouvre la bouche : une balle pour papa, une balle pour maman… »

Que t’est-il arrivé, Luc Besson ? Que s’est-il passé pour que tu ne sois aujourd’hui capable que de nous vendre des bouses à la « Lucy », étron de première catégorie ? Tu étais pourtant capable de faire de très bons trucs dans le temps. « Léon », Luc, tu te souviens de « Léon » ? Là, c’était du lourd, du solide. Une bonne grosse dose de fun, mené sans se prendre la tête, porté par un Jean Reno impeccable dans le rôle-titre et un Gary Oldman plus que fabuleux en policier ripou et camé. Une véritable performance de dingo pour l’ami Oldman, avec moult moments et répliques cultes (« I haven’t got time for this Mickey Mouse bullshit », putain, mais qui a écrit cette réplique ? C’est du génie), depuis sa première apparition jusqu’à la fin. Il y avait là un talent certain pour le fun, pour le divertissement, c’était bien mené, on suivait le tout avec kiff’. Qu’est-ce qui s’est passé ? A défaut de le savoir on peut revoir « Léon », en étant averti sur son côté provocateur, et aussi un peu limite, limite aussi sur certains aspects moraux (la relation entre Léon et Matilda notamment), il faut quand même le dire.

La scène : l’extraordinaire première apparition de Gary Oldman, une apparition de méchante bien puissante et badass comme on les aime.

63. Paprika (Satoshi Kon, 2005) : 

"On est pas là pour se faire engueuler, on est venu pour voir le défilé..."

« On est pas là pour se faire engueuler, on est venu pour voir le défilé… »

Pour ceux qui en douteraient, les dessin-animés japonais ne se limitent pas à Ghibli. « Paprika » en est la preuve. J’ai vu cette œuvre pour la première fois dans un contexte particulier : une séance du soir, en solo et c’est peu dire que je suis rentré dedans. Bourré d’invention et de détail, c’est un petit bijou à l’animation impeccable et à l’histoire complétement folle. Le principe ? Des scientifiques ont inventé une machine pour soigner les gens à partir de leur rêve, mais celle-ci est volée et les ennuis commencent. Avec ses voyages oniriques si prenants et son excellente musique, « Paprika » est à découvrir, avec des mises en garde néanmoins : il faut parvenir à rentrer dans ce foisonnement cherchant à restituer au mieux l’ambiance des rêves (avec ce que cela comporte de WTF) et plusieurs visionnages sont nécessaires pour comprendre bien tous les tenants de l’histoire et les nombreuses références. Si cela ne vous arrête pas, foncez, vous allez probablement vous régaler ! Seul point noir, une fin qui dénote un peu en terme de simplisme par rapport au reste du film, mais rien de dramatique non plus ! Au fait, « Paprika » a inspiré « Inception » (et oui !) !

La scène : L’arrivée dans l’appartement d’Himuro, très marquante à mon goût.

62. Requiem for a dream (Darren Aronofsky, 2000) : 

Le calme avant la tempête.

Le calme avant la tempête.

Une bonne grosse tarte dans la gueule. Voilà ce qu’est « Requiem for a dream ». C’est simple à la fin du film, je suis resté en état de choc, tremblant et des larmes coulant sur mes joues, tandis que résonnait cette musique de Clint Mansell malheureusement trop utilisé aujourd’hui, mais qui pourtant a gardé toute sa force. Difficile de rester insensible face à cette descente aux enfers impitoyable subie par les personnages. Bien plus efficace que n’importe quel spot gouvernemental, « Requiem for a dream » ne retient pas ses coups pour dénoncer l’horreur des phénomènes d’addiction et de manque et le côté extrêmement vicieux de ce qui les provoque. Difficile de dire ce qui est le plus traumatisant dans toutes ces histoires sordides mêlés, mais celle de la personne plus âgé est tout de même particulièrement affreuse, parce qu’elle touche un type de personnage qu’on voit rarement touché par l’addiction. Ceci dit, en terme de choc, la scène finale du personnage de Jennifer Connelly est difficile à battre. Bref, à voir, mais préparé.

La scène : la fin du film, d’une hallucinante noirceur.

61. Orange Mécanique (Stanley Kubrick, 1971) : 

Lui aussi sort de nulle part une frappe de bâtard, mais c'est pas le même type que celle de Pavard.

Lui aussi sort de nulle part une frappe de bâtard, mais c’est pas le même type que celle de Pavard.

Quand on dit d’un film qu’il est l’un des plus grands chefs d’œuvre de Stanley Kubrick, on a déjà beaucoup dit. « Orange Mécanique » étant un des films les plus commentés de l’histoire, il est difficile d’en parler sans tomber dans la redite de chose déjà dites maintes fois. Oui, le film est une claque aussi profond que perturbant. Oui, la performance de Malcom McDowell en Alex est démentielle et va chercher très haut au panthéon des interprétations de « méchant ». Oui, la musique est dingue. Oui, la réalisation est impeccable (en même temps on parle de Kubrick quand même !). Oui, certaines scènes sont éprouvantes, même selon les standards d’aujourd’hui. Bref, on en ressort K.O debout, fortement marqué par cette réflexion sans concession sur la violence, sociale comme individuelle. Si vous ne l’avez toujours pas vu, il est temps de prendre votre courage à deux mains, tant « Orange Mécanique » fait figure d’indispensable.

La scène : Le travelling arrière du début qui pose les bases.

60. Ran (Akira Kurosawa, 1985) : 

Ceci n'est pas une version vintage des Power Rangers.

Ceci n’est pas une version vintage des Power Rangers.

Chef d’œuvre du maître japonais Akira Kurosawa, « Ran », s’il est pourtant moins connu que « Kagemusha, l’Ombre du guerrier » ou « Les Sept Samouraïs », n’en reste pas moins une merveille. A la manière de ce qu’il avait réalisé presque trente plus tôt avec Macbeth dans « Le Château de l’araignée », Kurosawa adapte ici la tragédie du « Roi Lear » dans un Japon plutôt médiéval. Force de l’histoire shakespearienne mêlé à l’esthétique japonaise, le combo est magnifique. « Ran » est un film d’une puissance hallucinante, un tour de force cinématographique. On comprend aisément en le voyant pourquoi de nombreux réalisateurs extrêmement talentueux comme Lucas ou Coppola. Si l’on en croit Wikipédia, Akira Kurosawa l’aurait même qualifié comme son meilleur film, lui qui avait l’habitude de répondre « le prochain » quand on lui posait la question. De quoi poser les choses.

La scène : la bataille de fin avec le roi fou perdu.

59. Le Ruban Blanc (Michael Haneke, 2009) : 

En cage.

En cage.

Après avoir vu ce film avec ma mère, il nous fallut de longue minutes avant de pouvoir échanger un mot. C’est dire l’effet produit par « Le Ruban Blanc ». Pourtant, rien de visuellement horrible, pas vraiment de moments d’angoisse. Juste une ambiance, malaisante et oppressante,  avec ce « noir et blanc » si fort, pour raconter l’histoire de ce village, où pèse la chape de plomb d’une morale et d’une hypocrisie rampante. Haneke, que j’ai un jour qualifié de « cinéaste de la joie », est un génie pour restituer des atmosphères étouffantes et sordides. Ici, le cinéaste autrichien raconte un monde de privations et de violence sourde, face auquel l’enfance se pervertit et même si Haneke ne l’a jamais clairement admis, beaucoup ont justement commenté qu’il y avait une partie de terreau qui allait mener au nazisme et aux totalitarismes des années 30. Eprouvant à voir, mais terriblement intelligent.

La scène : le moment où l’on devine les violences sexuelles subies.

58. Le Nom des Gens (Michel Leclerc, 2010) : 

"Oh ben, vous ici !"

« Oh ben, vous ici ! »

Quel plaisir ce film ! Quel kiff’ ! Un bon gros « feel good movie » comme on les aime. Le pitch en soi est déjà très savoureux : une femme a sa propre de l’engagement politique, à savoir coucher avec des gens de droite pour les faire devenir de gauche. Quand elle rencontre Arthur Martin (oui, comme l’électroménager, c’est d’ailleurs une blague du film) qu’elle considère chiant comme la pluie, elle en est sûr : le mec est de droite et c’est pour elle le client parfait. Manque de bol, le type est socialiste et fan de Lionel Jospin, et peut-être plus intéressant qu’il en a l’air de prime abord. Originalité du scénario, enchainement de moments délicieux, réquisitoire malin contre les préjugés, acteurs au top (notamment Jacques Gamblin, magnifique), c’est une petite pépite et la preuve que le cinéma français sait encore faire des œuvres pleines de sens mais pas trop pédantes non plus. Et en plus, y a Lionel Jospin en guest dans une scène magique !

La scène : Celle avec Lionel est bien sûr incroyable, mais la plus belle scène du film reste le moment où Arthur Martin, qui est resté d’une grande retenue tout le long du film, péte un câble face aux questions inquisitrices à propos de sa mère.

57. Prisoners (Denis Villeneuve, 2013) : 

Sous tension.

Sous tension.

« Prisoners » fut ma découverte du réalisateur Denis Villeneuve et après son visionnage, il ne me fallut pas longtemps pour comprendre qu’il y avait là un homme à suivre, un futur grand. « Prisoners » reste relativement méconnu, pourtant presque tous les gens que je connais à l’avoir vu le dise : c’est un film incroyable. Au rang des thrillers et des films qui retournent la tête, il est très haut. Enquête sur une disparition d’enfant, doté d’une ambiance incroyable, souligné par une photographie impeccable (un classique de Villeneuve, on le sait maintenant), il nous prend à la gorge pour ne nous lâcher qu’après un direct du droit dans l’estomac. Porté par un Jake Gyllenhaal qui est probablement un des acteurs actuels les plus sous-estimés, je le maintiens, et par un Hugh Jackman qui trouve ici la redoutable occasion de prouver qu’il n’est pas seulement « Monsieur Wolverine », porté aussi par des seconds rôles au diapason (dont le toujours marquant Paul Dano), « Prisoners » est un récit glaçant sur ce dont sont capables les hommes ordinaires en état de détresse, et comment traquer des monstres peut nous changer en monstre. Car « quand tu regardes au fond de l’abîme, l’abîme aussi regarde en toi ». Un film puissant et magistral.

La scène : la terrible torture du personnage de Paul Dano.

56. Birdman (Alejandro González Iñárritu, 2014) : 

Chemise versus slip, le duel au sommet.

Chemise versus slip, le duel au sommet.

J’ai eu la chance d’aller voir ce film en avant-première et je ne me suis pas privé de dire à de nombreuses personnes que sortait dans quelque temps un film incroyable. J’ai eu la chance de le voir de nouveau en ciné-concert, une superbe expérience. A chaque fois, j’en suis sorti plus que conquis. L’histoire ? Un homme qui a connu la célébrité avec une série de films de super-héros tente de reconquérir le succès par une pièce beaucoup plus sérieuse à Broadway. Les thèmes abordés par le film (rien de moins que l’art et la gloire, notamment) sont traités avec une très grande justesse, les comédiens, dans une sorte de semi-parodie d’eux-mêmes, sont saisissants, Michael Keaton en premier lieu évidemment. Et que dire de cette réalisation, avec ce « vrai-faux » travelling qui paraît durer presque tout le film et qui nous embarque de manière extraordinairement virtuose ? Que dire, à part que c’est un coup de génie ? Et puis il y a ces dialogues, ciselés, acérés, qui relève le tout comme de bonnes épices. Ajoutez à cela Emma Stone et n’en jetez plus, je suis conquis. Bref, une recette impeccable et un de mes plus grands plaisirs cinéphiliques récents.

La scène : le dialogue avec la critique, savoureux au possible.

55. La Saga Toy Story (John Lasseter, 1995 et 1999, Lee Unkrich, 2010) : 

"Je ne vois que l'herbe qui verdoie..."

« Je ne vois que l’herbe qui verdoie… »

On dit souvent qu’il est difficile de réussir une suite, surtout quand elle n’est pas prévue. On estime régulièrement que faire une trilogie où tous les films sont bons est un bon gros challenge. De tout ceci, la saga « Toy Story » s’en fiche comme de sa première chaussette. Ce n’est même pas que les trois sont impeccables, c’est que chacun d’entre eux est meilleur que le précédent, ce qui paraissait presque impossible au visionnage de chacun. Mais voilà, les « Toy Story », de dessin-animé fun, ont réussi à accéder au statut de meilleure représentation de l’esprit Pixar, avec un quatuor plaisir-profondeur-références-beauté qui calme bien comme il faut. Et au-delà des aventures géniales de toute la bande, c’est aussi une magnifique évocation de l’enfance, à travers le concept universel du jouet, jusqu’au déchirant troisième, qui arrachera de chaudes larmes à quiconque un peu sensible. Vous voulez savoir comment faire du pathos sans faire du pathétique ? Matez un bon Pixar et si vous voulez un excellent exemple, matez un « Toy Story ».

La scène : la scène finale du troisième, un mélange fabuleux de tristesse et de joie qui réveillera bien des souvenirs à n’importe qui.

54. RRRrrrr !!! (Alain Chabat, 2004) : 

Le meilleur morceau c'est la trompe, ne vous y trompez pas (ah ah).

Le meilleur morceau c’est la trompe, ne vous y trompez pas (ah ah).

Que les rageux ragent, puisque c’est leur rôle, je vais lancer une bombe qui fera hurler tous ceux qui trouvent « « RRRrrrr!!!  » débile : ce film est ce que les français ont fait qui se rapproche le plus d’un film des Monty Pythons. Oui, messieurs, dames. « RRRrrrr !!! » est un petit bijou d’absurde, que ce soient dans les répliques ou dans les situations : le mec qui dit que ça va être tout noir, « vous connaissez ma femme ? », les mecs qui s’appellent tous Pierre, « donne pas la patte », « tous à l’Hippopotamouth »… Et comme certains Monty Pythons, la base du fun est de prendre une situation historique précise, pour la parodier joyeusement avec un esprit de folie jouissive quasiment sans limites. C’est culte que ça n’en peut plus et certes, il y a quelques temps morts, mais quand c’est bon, et c’est souvent bon, c’est à en tomber du canapé de rire. Alors laissez-vous faire et emporter par ce bon gros délire en compagnie des Robins des Bois et de leurs compères, Alain Chabat s’y connait, vous pouvez lui faire confiance. A mes yeux une des meilleures comédies françaises, et si vous êtes pas contents, c’est pareil.

La scène : « On lui a cousu tous les orifices ! –Même les doigts de pieds ? – C’est pas des orifices. –Ah oui, et pourquoi on dit ‘se faire coudre les doigts de pieds par tous les trous’ ? –On le dit pas, ça. – Ah. »

53. Shutter Island (Martin Scorcese, 2010) : 

Tout ne va pas se passer comme prévu.

Tout ne va pas se passer comme prévu.

La crème de la collaboration Scorcese / DiCaprio (rien de moins !) est à mes yeux « Shutter Island ». L’occasion de parler du grand paradoxe qui anime mes goûts de spectateur : si j’ai beaucoup de mal à apprécier les films d’horreurs purs, j’adore en revanche énormément les thrillers qui retournent le cerveau, même quand ils flirtent avec le genre horrifique, comme c’est le cas ici. Dites « scénario mindfuck », « twist bouleversant », « ambiance travaillée », « dédales psychologiques » et pour peu que ce soit bien fait, vous avez toutes les chances de me voir conquis, quand bien même je dois passer certains moments difficiles en terme d’angoisse (oui, je suis un grand fragile et assumé). Question de dosage sans doute et à condition de ne pas avoir trop de « jump scare », cet effet qui cherche à faire bondir le spectateur. Bref, dans les quatre atouts évoqués, « Shutter Island » se pose là et bien là : le scénario est impeccablement mené, la (les) révélation(s) vous mettront presque en état de choc, l’ambiance est magistrale et ce film est autant une torture qu’un plaisir pour votre cerveau. L’illustration, s’il en fallait une, que Scorcese n’est pas seulement excellentissime pour les films de truands.

La scène : la scène finale, une bonne grosse claque qui vous fera réfléchir longtemps sur le vrai sens du film.

52. Fantasia (James Algar, Samuel Armstrong, Ford Beebe, Norman Ferguson, Jim Handley, Thornton Hee, Wilfred Jackson, Hamilton Luske, Bill Roberts et  Paul Satterfield, 1940) :

Un film magique.

Un film magique.

L’idée même à la base de « Fantasia » est déjà merveilleuse et c’est peu dire que d’affirmer que le résultat est plus qu’à la hauteur. Mettre « en animation » des chefs d’œuvres de la musique classique, c’est-à-dire les « illustrer » par des dessins-animés, il fallait y penser ! Et voilà donc « Fantasia », cette œuvre de génie complétement à part dans la mythologie Disney en particulier et dans l’histoire du cinéma en général, un bijou d’imagination et de poésie, d’une qualité visuelle qui, encore aujourd’hui (à l’exception peut-être du tout début), laisse pantois et encore plus quand on sait que tout cela a été fait en 1940 ! Des moments magiques s’enchaînent et s’enchaînent, sous le son sublime de morceaux incroyables, à tel point que certains d’entre eux (« L’Apprenti sorcier » et une « Une Nuit sur le Mont Chauve », notamment) sont intimement liés à mes yeux à leur passage dans « Fantasia » et je ne peux presque pas les écouter sans en revoir des images. Une suite, « Fantasia 2000 », a fini par sortir mais, si elle reste très belle, elle n’en atteint pas moins le degré d’émerveillement du premier, comme s’il manquait un « je ne sais quoi » de magique. En tout cas, le talent visuel de Disney et la beauté des grands morceaux classiques, cela reste l’un des plus beaux mariages qu’on puisse imaginer.

La scène : Il est incroyablement difficile de choisir entre quasiment tous les fragments (les dinosaures, « Une Nuit sur le Mont Chauve », le ballet des animaux, « L’Apprenti sorcier »…) mais, en hommage au jeune mordu de mythologie grec que j’étais (et suis d’ailleurs en grande partie encore !), je choisi le fragment la concernant, sur la « Symphonie Pastorale » de Beethoven.

51. J’ai toujours rêvé d’être un gangster (Samuel Benchetrit, 2007) : 

Vertiges de la cafét'.

Vertiges de la cafét’.

Il y a des films dont vous n’attendez rien, ou du moins pas grand-chose, et qui vous marquent énormément. Il y en a aussi qui vous attirent d’instinct, et vous n’êtes pas déçu. Cette dernière affirmation s’illustre parfaitement, à mes yeux, par « J’ai toujours rêvé d’être un gangster ». Des souvenirs que j’en ai, j’avais vu juste une bande-annonce ou peut-être même pas, une affiche, mais j’avais envie de voir ce film. Et, parfois, certaines de nos plus belles aventures de spectateur se font avec un être cher. Je convainquis ma mère de le regarder avec moi et ce fut extraordinaire. Aux moments de fous rires immenses (comme j’en ai rarement eu !) ne succédait que des instants touchants. Nous en sortîmes tous les deux plus que conquis et nous nous en souvenons encore aujourd’hui avec un sourire aux lèvres. Films à « fragments », qui vont du savoureux au sublime, reliés par une cafétéria, « J’ai toujours rêvé d’être un gangster » est une pépite, rempli d’humour absurde et d’un délicat mélange de « doux-amer ». On y croise une escouade de choc : Jean Rochefort, Bouli Lanners, Serge Larivière, Laurent Terzieff, Edouard Baer, Anna Mouglalis, Alain Bashung, Arno, entre autres, qui épousent parfaitement l’ambiance de film. Après une telle réussite, j’ai surveillé les autres productions de Samuel Benchetrit mais aucune d’entre elles ne m’a paru à la hauteur de « J’ai toujours rêvé d’être un gangster » et j’ai préféré ne pas le voir, par peur d’être trop déçu.

La scène : le passage avec notamment Jean Rochefort est sublime mais le plus génial de tous reste celui avec Bouli Lanners et Serge Larivière et particulièrement une conversation téléphonique à tomber de son canapé de rire.

Les articles précédents : 

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De la 125éme à la 101éme place. 

De la 100éme à la 76éme place. 

licontinovich

Etudiant fanatique de ciné, tout simplement.

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