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[TOP 10] Mes dix films préférés de 2014 : 3° Timbuktu

3° Timbuktu

Le Dimanche à Tombouctou. 

Timbuktu

Il faut voir Timbuktu. C’est une merveille. Peu importe le contexte, peu importe les événements, il faut voir Timbuktu. Ce film va bien au-delà de l’actualité. Néanmoins, après ce qui s’est déroulé à Paris récemment, il faut sans doute encore plus qu’avant voir Timbuktu.

C’est que Timbuktu parle justement du fanatisme en général et du fanatisme islamique en particulier. Il le fait avec une intelligence folle. Il le fait avec une finesse extrême. Quitte à susciter quelques critiques parfois assez compréhensibles. Revenons à l’histoire : une ville en Afrique est envahie par les islamistes, qui y imposent la charia. C’est Tombouctou mais ce pourrait être partout ailleurs. A part dans le titre, la ville n’est jamais nommée. Le film s’attache donc à montrer le quotidien sous la domination islamiste. Il le fait par petites touches, par petits moments, prend son temps pour reconstruire une ambiance, avec un résultat admirable. Cela nous rappelle que nous ne sommes pas seuls à subir la violence fanatique et que certaines parties du globe l’éprouvent au combien plus durement et régulièrement que nous, parfois même à chaque instant de leur présent.

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Ces hommes et ces femmes qui subissent ce joug, Timbuktu nous les montre de manière sublime. Chacune de leurs histoires est travaillée. Le film sait mettre en parallèle histoires individuelles et paraboles plus larges, avec une grande justesse. Les habitants de la ville ont chacun leurs rôles, dans ces événements. Ils ont chacun leur couleur particulière, également. Quand ils résistent, c’est parfois de manière complète, parfois l’espace d’un instant, mais c’est toujours sublime. Les acteurs sont épatants. Mention spéciale à la dame colorée, personnage extraordinaire.

Les islamistes, eux, sont présentés comme des pauvres types. Sont mis en scène ici les simples soldats, les petits chefs. On met en évidence leur petitesse. Leurs contradictions, par exemple face au très beau personnage de l’Imam. Timbuktu ne diabolise pas. Le film ne cherche pas la surenchère. A part quelques scènes, dont une de lapidation éprouvante, l’histoire se passe volontairement de violence apparente, pour se consacrer sur celle, symbolique et diffuse, qui oppresse au quotidien. Le réalisateur, Abderrahmane Sissako, refuse la thérapie du choc. Il préfère une autre forme de dénonciation. L’humour, d’abord, très présent dans le film et de manière magnifique. Certaines scènes, comme le tournage de la vidéo, sont hilarantes. Par le ridicule, Sissako démolit l’idéologie djihadiste avec une immense efficacité. On pense au « Dictateur » de Chaplin, à raison.

L’autre arme de Timbuktu, c’est l’humanisme. Les islamistes sont mis en scène comme des paumés, mais surtout comme des humains, jamais comme des monstres, chacun à leur manière. Il y a ces soldats qui interdisent que l’on joue au football et qui parle de Messi. Il y a cet homme qui se cache pour danser. Il y a celui qui fume en cachette. Il y a ce chef qui semble parfois dépassé. Pas tout le monde ne parle la même langue. Le groupe transpire l’amateurisme.

Timbuktu

On a beaucoup reproché cette vision à Abderrahmane Sissako. Les arguments ne sont pas surprenants, ni nouveaux. Dans le fond, certains se sont demandé si la dénonciation avait ici une vraie force. Au fond, en présentant les djihadistes sous cet angle, ne les rendait-on pas au mieux inoffensifs, au pire sympathiques ? Ces réserves peuvent se comprendre, mais on peut leur opposer au moins deux arguments. Le premier, c’est que le film n’entend jamais se suffire à lui-même. Au fond, le malheur de Timbuktu, c’est d’être le premier film creusant en profondeur ce sujet et rencontrant un grand écho au niveau international. On en attend des choses qui ne sont pas de son fait. Le film ne prétend pas être un exposé sur Daesch ou Boko Haram. Il n’est pas une fin en soi. Il appelle d’autres réalisations. Il faut le voir comme il est : un conte, une parabole, situé dans une ville qui pourrait ne pas être nommé et qui l’espace d’un instant, nous raconte une histoire. Le deuxième argument vient justement en complément du premier : Timbuktu fait confiance à l’intelligence de son spectateur. Il n’entend pas lui livrer des leçons définitives. Il attend qu’il réfléchisse aussi par lui-même, qu’il se renseigne, qu’il aille plus loin, qu’il mette les choses en débat, aussi. Et il n’y a rien de plus rafraichissant.

L’autre grande, immense force du film, c’est sa réalisation. Timbuktu est d’une beauté formelle hallucinante. Certaines scènes sont touchées par la grâce. Le moment du match de foot sans ballon est beau à en pleurer. Il y a des plans larges ahurissants, comme celui du lac baigné de soleil. Le soleil, parlons-en. Timbuktu est un film solaire. C’est une ode à l’art et à l’homme, mais c’est aussi une ode à la lumière. Réussir ce tour de force avec un tel sujet, c’est peut-être là le plus beau, dans Timbuktu.

Timbuktu

Réalisateur : Abderrahmane Sissako.

La scène : Le match de foot sans ballon, parmi les plus belles scènes que j’ai pu voir au cinéma.

 

licontinovich

Etudiant fanatique de ciné, tout simplement.

One Comment

  1. Le soleil de Tombouctou ( Partie I : Fatalité)

    « Le soleil se lève alors sur cette terre rougeâtre et désolée,
    Où pauvres hères et drôles languissent dans la pulvérulence,
    La vie s’est éteinte à tout jamais dans leur regard oppressé,
    Comme elle s’est éteinte sur ces dépouilles battues à outrance,

    Le soleil éclaire ces faces où subsiste une étoile d’espérance,
    Sa lueur s’attarde sur le visage d’un vieillard débonnaire,
    Embrassant ses oripeaux loqueteux qui respirent la misère,
    Il lui manque cinq doigts, c’est eux, eux! Dans leur violence.

    A quelque encablure de là, sur un étroit lopin desséché,
    Un enfant enturbanné et moribond engloutit la terre,
    Sa mère le fixe d’un œil vitreux, bras croisés sur sa nudité.
    Elle ne marque aucune surprise, les pieds dans la poussière.

    Tous sont dans l’expectative d’une liberté volée,
    Nul sourire n’illumine le masque terne de leur visage,
    Les bourreaux, non loin, ne cessent jamais de les surveiller,
    Tout de noir vêtus et leurs armes pointées, écumants de rage.

    Le soleil est la seule joie et la seule distraction de ces opprimés,
    Le soleil est leur espoir de vivre, il les accompagne chaque jour.
    Chaque jour, il les baigne de sa flamboyance telle l’Amour,
    Chaque jour, il les quitte pour les laisser à la nuit et à la cruauté. »

    ‘Voyage entre Cieux et Enfers’; tous droits réservés.

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